Méthode italienne de fabrication du violon

Méthode italienne

 

La technique qui consiste à poser les filets sur les matériaux collés est une tradition issue de la fabrication des violes. Les bords du fond et de la table sans gorge à filets ni rebords permettaient cette technique. Elle a perduré dans la fabrication des instruments du quatuor à cordes jusqu’à l’industrialisation de ces instruments. Néanmoins, certaines écoles l’enseignent encore en parallèle avec la méthode moderne.

 

Qu’il soit ancien ou moderne, chaque atelier a ses pratiques, chaque luthier a ses tours de mains, rien n’a changé, sauf la technologie. C’est pourquoi, hier comme aujourd’hui, il existe plusieurs manières d’utiliser la technique italienne pour réaliser les bords et la gorge à filets sur les matériaux libres et collés sur les éclisses, ce qui rend cette technique beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

 

· Rognage des bords avant ou après l’assemblage sur les éclisses.

 

· Bords à 5 mm d’épaisseur, gorge avec arrête vive (fig. 1) ou rebord plat de 2 mm (fig. 4).

 

· Gorge à filets : finie - préfinie - non finie, avant l’assemblage.

 

Selon la technique utilisée, la quantité de bois enlevée pour la finition des bords et de la gorge à filets sur les matériaux collés sera inégale, donnant un résultat des fréquences des matériaux libres et de couplage aléatoire, ainsi que des modes B1- et B1+.

 

Pour utiliser la technique italienne, procéder de la façon suivante :

 

1)    Tracer les bords du fond et de la table d’après la couronne des éclisses, collée au moule.

 

2)    Chantourner les matériaux.

 

3)    Ébaucher l’extrados avec une épaisseur des bords de 5 mm, ou faire un plat comme la fig. 3.

 

4)    Rogner le contour des matériaux libres.

 

5)    Creuser la gorge à filets selon la figure 1, ou utiliser la technique moderne figure 4.

 

6)   Ensuite, utiliser la méthode moderne décrite dans le livre (sans coller les filets) pour accorder
le mode 5 de l’extrados du volume de départ du fond et de la table avec finition complète
en utilisant les tableaux des pages 124/125/186/187.

 

Pour obtenir une fréquence du mode 5 de l’intrados des matériaux libres identique à celle éditée dans les tableaux du livre, la finition de la gorge et des bords doit être aussi près que possible de la méthode moderne, quelle que soit la technique italienne utilisée.

 

7)   Accorder la fréquence du mode 5 de l’intrados du fond et de la table en utilisant les tableaux
du livre (pages 124/125/186/187).

 

8)  Après l’accord du mode 5 de l’intrados du fond et de la table (avant d’ouvrir les ouïes
et de coller la barre), déshydrater les matériaux, afin de les réaccorder quand cela est nécessaire.

 

9)   Ouvrir les ouïes, coller la barre et accorder le mode 5 de la table barrée en utilisant le tableau
de la page 227 du livre « Le génie de Stradivarius ».

 

Matériaux collés sur les éclisses :

· Ouvrir la mortaise et coller les filets.

· Procéder à la finition de la gorge à filets ainsi que des bords (fig. 2).

· Finition générale de la caisse.

· Épaisseur au creux de la gorge à filets finie : 3,5 mm.

 

       

 

Davantage d’épaisseur peut être laissée dans les coins et les « C » ainsi que sur le talon du fond (technique utilisée par les luthiers italiens et valable également pour la lutherie moderne).

 

La fréquence des modes B1- et B1+ de la caisse avec ou sans manche sera sensiblement la même qu’en utilisant la méthode moderne (avec le même taux d’humidité des matériaux).

 

Comme dans la méthode moderne, lorsque les matériaux libres sont parfaitement accordés, il n’est pas nécessaire de connaître leur fréquence de couplage (générateur ou logiciel). Néanmoins, pour ceux qui font de la recherche, procéder de la façon suivante en utilisant un logiciel :

 

Pour relever à la frappe, la fréquence des matériaux collés séparément sur les éclisses, il faut tenir
le fond ou la table sur un point d’une zone nodale comme un matériau libre sans que les doigts touchent le bord de l’éclisse.

 

N.B. La technique italienne (fig. 1 et fig. 2) peut être utilisée pour réaliser les bords et la gorge
à filets en finissant intégralement les matériaux libres (
avec filets collés).

 

 

Technique moderne

 

Matériaux libres :

· Tracer les bords d’après la couronne des éclisses avec un moule en dedans ou avec un gabarit quand le moule est en dehors ;

· Faire un plat sur les bords avec une épaisseur de 4 à 4,2 mm, talon du fond compris (fig. 3) ;

· Rogner les bords ;

· Ouvrir la mortaise et coller les filets ;

· Dégager la gorge à filets en laissant un rebord de 2 mm (fig. 4) ;

· Épaisseur au creux de la gorge à filets finie : 3,5 mm ;

· Accorder le mode 5 du volume de départ avec finition complète de l’extrados ;

· Creuser l’intrados en accordant le mode 5.

· Ouvrir les ouïes, coller la barre et accorder le mode 5 de la table barrée.

 

 

 

 

 

Avertissement : Les fréquences des tableaux du livre sont pour un taux d’humidité des matériaux à l’instant donné (entre 0% et 12%). Sans connaître le rapport entre les fréquence et le taux d’humidité, l’accord du mode 5 de l’extrados et de l’intrados sera incohérent.

 

 

Commentaires

 

Pour fabriquer leurs violons, les luthiers italiens ont utilisé une technique simple et reproductible, consistant à donner une forme à l'extrados du volume de départ du fond et de la table, en recherchant leur note respective avant de creuser l'intrados. L'accord étant réalisé à la « frappe », la note entendue pouvait être comparée avec tout instrument produisant des sons.

 

Le filetage, le ragréage et la finition des bords se faisaient sur les fonds et les tables collés séparément sur les éclisses. Selon qu'ils laissaient plus ou moins d'épaisseurs dans la gorge à filets, au centre ou dans les zones intermédiaires, cette technique leur permettait d'accorder le fond et la table avec une fréquence distincte, en fonction du timbre et de la puissance souhaitée.

 

Si leur technologie nous parait aujourd’hui relativement rudimentaire, les luthiers italiens avaient de réelles capacités intellectuelles, maîtrisant parfaitement leurs outils et le métier.

Leurs instruments exposés dans les musées en témoignent.

 

Le bois est un matériau vivant aussi longtemps qu’il peut absorber et désabsorber de la vapeur d’eau, même après le vernissage de l’instrument.

 

Pour beaucoup de chercheurs et de luthiers, tout le secret des violons italiens serait dans un traitement interne ou de surface du bois ayant changé les caractéristiques acoustiques des matériaux. La supériorité des violons de Stradivarius et de Guarnerius était admise dès le début de leur fabrication. Donc, si un traitement du bois est une des raisons majeures de leur supériorité, on peut en déduire que son efficacité fut immédiate.

 

Dans son mémoire, Félix Savart attirait déjà l'attention sur les problèmes d'humidité du bois pour accorder les fonds et les tables de violons. La légende veut que les luthiers italiens aient fabriqué leurs violons en hiver pour les vernir l'été. Toute légende est basée sur un fond de vérité.

 

La différence entre les violons anciens et modernes doit être recherchée dans la genèse d'une méthodologie perdue. Pour qu'un mythe persiste, il faut qu'il y ait un fond de vérité.

 

Stradivarius était de son vivant le plus célèbre luthier du monde. Crémone était la plus grande école de lutherie des 17e et 18e siècles : toutes les grandes cours commandaient leurs violons dans cette ville, où chaque atelier possédait ses propres techniques, transmises oralement de père à fils ou de maître à élève.

 

 

La méthode développée dans ce livre permet de comprendre et d'apprendre la technique d'accord utilisée par les luthiers italiens et notamment, par Stradivarius et Guarnerius, en recourant à des moyens modernes, afin d’éviter les échecs imputables à un changement rapide du taux d'humidité du bois pendant l’accord du fond ou de la table ou d'un mauvais choix des matériaux.

 

Les fonds et les tables de violons seront finis intégralement en les accordant avec une fréquence spécifique au violon de soliste, de façon reproductible, avec un minimum de poids, ce qui augmente les performances de l’instrument.

 

En tenant compte de l'instabilité du taux d'humidité des matériaux, cette technique d'accord est très simple à mettre en pratique : sinon, les luthiers italiens n'auraient jamais pu obtenir un tel résultat avec si peu de moyens.

 

Ce qui donne de la clarté au timbre du violon, c'est d'abord la hauteur de fréquence

de couplage de la table.

La sensation du timbre clair est accentuée par la hauteur de fréquence des modes de cavité A0 et A1, ainsi que la hauteur de fréquence du mode B1+. Si la conjonction de ces fréquences est trop élevée, avec un delta entre les fréquences des modes B1- et B1+ inférieure à 70 Hz,

le violon est au point de saturation.

 

Les difficultés rencontrées concernant la recherche sur les techniques anciennes ont toujours été de comprendre et d’admettre la différence entre la technologie des anciens et celle dont nous disposons aujourd’hui.

Que connaissons-nous des violons italiens ? Ils ont un son exceptionnel. Nous cherchons ce qui a déjà été trouvé, tout en ignorant la méthode : c’est cela, le véritable secret.

 

Beaucoup d'explications ou d'hypothèses ont été proposées depuis deux siècles et notamment, la fameuse recette du vernis aux propriétés merveilleuses, mais à jamais perdue. Il ne s'agit en fait que de comprendre des lois acoustiques applicables au violon, ainsi que des lois physiques sur la structure des matériaux qui le composent.

 

La fabrication du violon est un art qui se confond également avec la science. Certains procédés, issus de connaissances structurées obtenues par l’observation et à l’expérimentation objective (empirisme) pouvant être considérés comme du domaine de la science, lorsqu’ils sont maîtrisés, sont toujours de simples techniques d'atelier mises au point par des artisans hautement qualifiés.

Cette simplicité a permis aux luthiers italiens de fabriquer leurs meilleurs violons avec toutefois un taux de réussite variable, compte tenu de l'instabilité hygroscopique des matériaux.

 

Après un changement dans la pratique ou la disparition du métier, ces techniques deviennent des secrets. Un processus historique nous échappe, nos moyens modernes nous empêchent de faire la différence entre mythe et réalité, entre la science et l'art. La magie opère avec le temps, les grandes interrogations se succèdent, la mystification prend le pas sur la raison.

 

Le secret des violons de Stradivarius est-il un mythe ou une réalité ? Il s'agit en fait de comprendre des techniques traditionnelles empiriques mises au point par des artisans hautement qualifiés et répondant à des lois acoustiques spécifiques au violon de soliste, puis abandonnées au profit de méthodes rationnelles, impulsées par une évolution culturelle de la société.

 

Après 1700, Stradivarius perfectionne la technique utilisée par ses prédécesseurs pour adapter le violon aux performances des solistes, impulsé par de nouvelles formes de composition musicale.

Ces différentes recherches, dont on peut exclure qu'elles fussent fondées sur le hasard et l'ignorance, l'ont amené à déterminer la surface à plat du moule et la longueur de la caisse.

 

Pour augmenter la portée du violon sans modifier la fréquence de cavité, il réduit la surface d'ouverture des ouïes afin de diminuer le volume de la caisse par un abaissement des hauteurs de voûtes, ce qui lui a permis également de réduire le poids des matériaux avec les mêmes épaisseurs.

 

Le génie de Stradivarius, c'est d'avoir identifier et résolu les différents problèmes d'accord spécifiques au violon de soliste avec si peu de moyens.

 

Il n'y a jamais eu de secret des violons de Stradivarius. La technique pour accorder les fonds et les tables de violons était connue de tous les luthiers italiens. Certains réussissant mieux que d'autres pouvaient avoir une politique de confidentialité. Il est toutefois avéré que la mise au point définitive du violon, nous la devons à Stradivarius, son concurrent le plus sérieux étant Guarnerius « del Gesù ».

 

Dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle, la musique se démocratise dans tous les pays d'Europe ; la lutherie y prend un essor considérable. La première fabrique de violons fut fondée vers 1790 à Mirecourt (France) par Didier Nicolas. Le processus de fabrication du violon fut rationalisé par une division du travail. Par la suite, avec la révolution industrielle, d’autres villes européennes se partagèrent la production en masse des instruments à archet avec la révolution industrielle

 

Selon un processus bien connu dans l'évolution culturelle des sociétés, une rupture dans la transmission d'un savoir s'est amorcée. Les techniques de fabrication utilisées par les luthiers italiens se sont perdues au profit d'une production destinée à un plus large public, ce qui annonce bien souvent les prémices d'un changement dans la pratique ou la disparition d'un métier. Ces techniques deviennent alors des secrets. La magie opère avec le temps et la mystification prend le pas sur la raison.

 

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Livre sur l'acoustique et la fabrication des violons de soliste

Patrick KREIT

Luthier & chercheur

 LE GENIE DE STRADIVARIUS

Edition finale

Book "the sound of Stradivri"

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